L'obsession des lendemains
C'est un sujet tabou qui est abordé ici, un qu'il ne fait pas toujours bon dévoiler au grand jour. C'est d'autant plus difficile lorsqu'on en est soi-même atteint, comme vous le lirez dans le témoignage intime qui suit. . Pour ne pas que son article lui soit nuisible, l'auteure tient à rester anonyme et nous avons respecté son souhait. L'amour de la compétition la pousse à continuer sa carrière, et la jeune femme en question tient à souligner son dévouement à son sport.
C'est avec un grand intérêt que j'ai lu l'article du 8 janvier 2008: «Culturisme Féminin: Tolérance Zéro». Nous pouvions y lire, en première page de Vinkomorf: «La quête constante d'un physique parfait peut, comme toute chose, virer à l'obsession (...).» Tout de suite, mes pensées se sont dirigées vers une autre direction que le culturisme: les lendemains d'une compétition pour une compétitrice et la pression à la fois personnelle et sociale qui s'en suit: les prochaines étapes - s'il y en a (l'absence d'objectifs après un événement est souvent LE problème), la liberté quant au choix de la nourriture, la rétention d'eau et, bien sûr, le gain de poids. Tous ces éléments peuvent appporter une certaine instabilité et une gêne de retourner au gym... Un vrai cercle vicieux. Bien que ce comportement ne soit pas une norme en soi, en tant qu'ancienne compétitrice de bodyfitness, j'ai côtoyé de belles femmes, qui, une fois les flash d'appareils photos éteints, se sont senties perdues, ne sachant pas trop comment survivre à la fin de cette poussée d'adrénaline, le maquillage qui s’estompe, la déception d'une telle ou telle position, et parfois l'impression de ne pas avoir été à la hauteur, malgré une satisfaction générale. «J'aurais pu, j'aurais dû, je n'étais pas assez, j'étais «trop»»... Ou on se dit que The sky is the limit : on veut être encore plus massive ou plus découpée: on est «pompée» pour la prochaine compétition, on se re-projette sur scène avec des yeux brillants d'ici quelques mois, satisfaite, confiante de conquérir les juges. Entre temps, on a droit à un repos obligatoire, question de se laisser la liberté de décompresser. Puis, tranquillement, on reprend nos obligations de la vie de tous les jours...
On s'est fait dire, pendant des semaines ou des mois, comment s'entraîner, quoi manger et en quelle proportion; combien d'heures dormir, quoi prendre comme suppléments et ce, par des entraîneurs ou des coachs qui excellent dans leur discipline, qui connaissent leur affaire et qui tenteront, avec nous, d'atteindre notre but ultime: l'inaccessible étoile! Mais comment revenir sur le droit chemin, une fois que notre part financière a été acquitté pour le jour «J», que nous sommes laissées à nous-même, un fond de Pro-Tan encore collé à la peau après une semaine qui nous rappelle que nos épaules étaient striées et que notre pourcentage de gras était au plus bas... et que là, notre corps change! Nous ne sommes plus «parfaites»?

Alors que certaines compétitrices sont capables de gérer cette situation haut la main, d'autres, malheureusement, ont plus de difficulté à assumer cet aspect de la compétition et tombent dans un piège qui ne leur est pas plus bénéfique: l'obsession de la nourriture. De là mon inquiétude. Les désordres mentaux reliés aux troubles alimentaires sont beaucoup plus proche de vous que vous ne le croyez. Par exemple, dans notre milieu: combien de filles, selon vous, après s'être vues dans leur meilleure condition esthétique à vie, tombent dans le piège du manque de confiance en elle ou de dépression après une compétition? Parce que oui, les troubles de l’alimentation sont caractérisés par des préoccupations intenses au sujet de l'alimentation, du poids et de l'image corporelle. Et les comportements adoptés peuvent devenir dangereux pour la santé.
Le sujet est encore tabou et peu de femmes sont prêtes à parler de leur expérience à ce niveau. J'ai côtoyé des femmes qui ont été ébranlées bien au-delà ce que vous pourriez imaginer les semaines suivant leur performance: prise de poids de 40 livres, troubles d' hyperphagie boulimique ou boulimie nerveuse, perte d'estime de soi au point de devoir consulter un psychologue et j'en passe. Et croyez-moi, je ne m'exclus pas du lot. Il est facile de dire que ''Ça n'arrive qu'aux autres'', que ce n'est qu'une question de contrôle de soi, que «je ne tomberai pas dans le piège la prochaine fois», etc. Parce que c'est effectivement ce que je m'étais dit: «Je vais être capable de me contrôler. Je veux conserver mon poids à 10 livres de mon poids de compétition. Je ne veux pas revenir en arrière et effacer tout le travail ardu que j'ai mis pour y arriver, etc.» Facile! C'était très clair dans ma tête! Mais ça n'a pas été aussi facile dans la réalité! Oui, j'ai continué à aller au gym mais un peu moins souvent; je suis allée souper avec des amies et je me suis laissée convaincre par quelques bouchées sucrées et le vin à quelques reprise, mais sans exagérer.... Puis j'ai commencé à reprendre un peu de poids. J'ai totalement paniqué. Je ne voulais plus aller au gym parce que j'appréhendais les commentaires de mes compatriotes d'entraînement; je suis tombée dans les épisodes d'orgies alimentaires suivi par non seulement d'extrêmes sentiments de culpabilité mais aussi de honte; mon estime personnel était, disons-le, à son plus bas. Aujourd'hui, quelques mois plus tard, je remontre la pente parce que j'ai des amis-es qui ont su me supporter mais aussi parce que j'ai fait mes «devoirs» en allant consulter une spécialiste en thérapie pour que je puisse au moins reprendre le contrôle de ma vie, à atteindre l'équilibre plus facilement. Parce que oui, l'équilibre et l'acceptation de soi sont la clé. Encore là, c'est facile à dire! Il faut accepter que notre corps ne peut pas être exactement comme sur les photos prises sous les projecteurs, douze mois par année... sans pour autant aller dans les extrêmes. J'ai appris et j'apprends encore. Et pour les curieux, oui, je compte bien recommencer les compétitions d'ici la prochaine année! Je ne veux juste pas vivre de compétitions en compétitions dans le but de conserver une belle shape en étant mal dans ma peau entre les deux. Et je ne vous le souhaite pas non plus!
Oui, je me suis peut-être laisser aller un peu sans le vouloir vraiment, suite à la peur du jugement d'autrui. Il ne faut pas tomber dans le piège de la peur, de l'exclusion, de se cacher, de s'isoler: c'est la pire façon de s'y prendre. Et, il ne faut pas non plus juger les gens qui vivent ces moments de détresse, au contraire, c'est à ce moment-là qu'il faut les aider davantage! Mais comment reconnaître les symptômes? Ou, encore, faut-il que les personnes ayant besoin d'un appui veuille bien se faire aider! Et si c'était vous? Connaissez-vous les ressources disponibles? Voici un lien qui pourrait vous être utile dans un cas comme dans l'autre. Pour rejoindre l'Association Québécoise d'aide aux personnes souffrant d'anorexie nerveuse et de boulimie, vous pouvez le faire sur leur site web au www.anebquebec.com. Un(e) thérapeute spécialisé(e) en psychologie sportive peut aussi s'avérer intéressant.
Finalement, je n'écris pas ici dans le but de mettre le sport sur le bûcher, parce que j'en suis moi-même une passionnée, mais je veux seulement alerter les gens: les troubles alimentaires ne sont pas un mythe: c'est une réalité qu'il ne faut pas nier ou banaliser. La question qu'il faudrait peut-être se poser, est à savoir jusqu'à quel degré l'entraîneur qui prépare ses participantes doit-il considérer le facteur post-compétition avec ses athlètes? Est-il responsable de préparer la participante à ce syndrôme qu'est «l'après-compétition»? Est-ce que ça devrait faire parti du package deal de la phase de préparation? Si non, à qui appartient cette tâche? Aux entraîneurs ou à des coachs? Quelle est la différence entre les deux? N'est-ce pas ce qui définirait, justement, un entraîneur d'un coach?
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