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 VINKOMORF.com - 30 janvier 2008

 

Un Samedi chez Mike Boyle
Par Patrick Gagnon

 

Y’a plusieurs excellents coachs en ce bas monde, et depuis que je suis dans le milieu, j’ai eu le privilège de travailler avec plusieurs d’entre eux.  Mais une chose est certaine : si vous n’avez pas peur de faire 10h de route le jour de votre anniversaire, vous savez que c’est un coach hors du commun.  Et c’est encore pire si vous considérez ça comme votre cadeau d’anniversaire!

C’est en plein ce que le cadeau que je me suis fait, de moi à moi-même, samedi dernier en allant assister au 2ième séminaire annuel hivernal de Mike Boyle, situé au Mike Boyle Strenght & Conditionning.  C’est le secret le mieux gardé de Winchester, une petite ville en banlieue de Boston, mais dans ce simple quartier résidentiel se trouve un centre où on forme l’élite du monde athlètique, et même artistique, à en croire la photo dédicacée de Jennifer Garner qu’on peut y admirer.  Pas mal plus cute qu’un joueur de hockey, ça c’est certain.

La matinée débute avec un porte-ouverte où on peut visiter le centre de Mike, et voir des séances d’entraînement avec son équipe de coachs compétents et sympathiques.  L’organisation du centre lui-même est impressionnante.  Tout y est parfaitement placé, fonctionnel au maximum et prêt à donner son plein rendement dans un minimum d’espace.  Et c’est nécessaire, parce que du monde, il y en a!   Arrivé dès 8h00, nous sommes accueillis par un Mike Boyle déjà affairé, et par plusieurs séances de groupes.  Ça ne ralentira que dans l’après-midi, pour faire place au séminaire lui-même.

Autre bel exemple d’organisation, le séminaire lui-même comprend 5 présentateurs qui viendront à tour de rôle nous donner une séance de 55 minutes d’informations condensées.  Ayoye mon cerveau….  Je suis vraiment ici volontairement moi?  Faut croire que j’aime le métier, et je ne dois pas être le seul, puisque la salle est bien rempli avec plus de 150 personnes de tous horizons qui sont ici pour apprendre et découvrir.  Pour ceux qui lisent ceci et qui se disent qu’ils ont manqué quelque chose, vous avez raison.  Mais ne vous inquiétez pas, à en croire l’équipe de tournage qui était là, ça devrait être disponible en DVD sous peu.  Avec un peu de chance, Perform Better va même le distribuer au Canada

Bien sûr, ça été franchement bien, et les cinq présentateurs nous ont appris énormément.  Mais comme ceci est un article et non un livre, je vous fait la version résuméel

 

1ier présentateur : Brijesh Patel.
J’ai entendu beaucoup de choses sur Brijesh Patel, entre autre par Eric Cressey, mais c’est la première fois que j’ai la chance de l’entendre parler.  Si certains entraîneurs se plaisent à toujours parler des dernières découvertes ou de la fine pointe en entraînement, Brijesh, lui, a choisi de s’attaquer à une base trop souvent négligée par une trop grande majorité de coachs.  Sa présentation  « Mobility, Stability and Work Capacity : The Foundation of Health and Physical Fitness »  (Mobilité, Stabilité et Capacité de Travail : la Fondation de la Santé et du Conditionnement) m’a éveillé à la réalité des lacunes dans ce domaine.  C’est d’autant plus vrai pour ceux qui entraîne des équipes sportives, à plus fortes raisons des jeunes, mais c’est une leçon qu’on devrait retenir pour le gym aussi.

Les éléments-clé :

  • Peu importe les autres qualités motrices, si on est sur la liste des blessés, ça ne bénéficie à personne.
  • La posture est essentiel pour absorber, rediriger ou produire des forces, qui sont à la base de la performance athlétique
  • La capacité de travail est la capacité à reproduire ces performances dans un laps de temps donnée

Mais la vraie clé de cette présentation réside dans les suggestions d’entraînement et démonstration d’exercices spécifiques qui font la force de Brijesh.  Excellent démonstrateur et un analyste de la biomécanique chevronné, j’ai appris plusieurs éducatifs et exercices très pointus. Moi qui prends plaisir à ce genre de choses, je peux dire que j’ai été servi.  Des plus simples au plus compliqués, ces exercices sont faits sur une base régulière par ses athlètes, selon leurs besoins, et contribue à leur succès sur le terrain.  Le plus impressionnant, c’est d’en avoir vu autant et de savoir que ce n’est qu’un échantillon parmi ceux que Brijesh Patel a en réserve.  Définitivement un sur qui il va falloir garder l’œil!

 

2ième présentateur : Anthony Slater.
Je commencerais en disant une chose sur Anthony : il a l’art de se faire haïr!  Ça prend un gars pas mal baveux pour venir nous dire qu’il a eu le privilège de commencer sa carrière en résidant pendant un an chez Mike Boyle lui-même, nous disant combien il était disponible et aimait partager son savoir, pis en plus venir nous dire que nous autre on est obligé de payer!  Ah bin le maudit!

Mais mis à part ça, j’ai bien aimé sa présentation sur l’équipement Keiser.  Bien sûr c’est une présentation sur de l’équipement, donc biaisé et partial, mais pour les avoir essayé et vu les athlètes du centre de Mike s’en servir, je dois dire que ça a piqué ma curiosité.

Il serait bien difficile ici de vous en faire un résumé, vu que ça passait par des démonstrations et des vidéos, mais suffit de dire que les systèmes Keiser sont des machines à poulies qui au lieu de poids se servent de pistons à air comprimé pour leur résistance.  De plus, l’ingénérie particulière de leur design les rend plus propres à assister l’entraîneur dans le développement des mouvements de puissance.

Fan ou pas de développement de la puissance sur appareil, l’important à retenir est que la performance va plus loin en intégrant une approche du mouvement poly-articulaire, multi-planaire, et riche en stimuli proprioceptifs.  Les composantes de l’entraînement, lorsque bien maîtrisées, tendent à devenir floues et s’amalgamer, plutôt que d’être bâties les unes sur les autres.  Pour les fans d’arts martiaux, Bruce Lee présentait le même concept, en trois niveaux : apprendre les règles, maîtriser les règles, dissoudre les règles, le dernier niveau étant celui où l’on établir ses propres règles.

 Je ne veux pas m’embarquer dans un débat sur l’utilité ou le potentiel de développement de cette option, mais l’idée est bien présentée, avec le style particulier et animé d’Anthony.  Il a l’air d’un moine hyperactif.  Description antinomique peut-être, mais il fallait le voir parler tranquillement avec son ton doux et égal pour sauter sur la plate-forme et faire une démonstration.  L’impression d’énergie contenue qu’il dégage fait penser à certains artistes martiaux, quoique je doute que M. Myagi ce soit jamais entraîné avec une Keiser…. Lustré, frotté, Anthony-san

 

3ième présentateur : John Pallof
Physiothérapeute de formation, John Pallof est un en plus un talent dans l’humour.  Ses blagues pince-sans-rire ont aidé à maintenir l’attention pendant sa présentation, la plus chargée en termes techniques de la journée.  Faut dire que le dos et les lombalgies, c’est un sujet assez complexe.  Très pratique, j’ai surtout apprécié son approche basée sur la fonction plutôt que la pathokinésiologie.  Loin de condamné un client qui a des déficits fonctionnels, l’approche de John se fonde sur la réhabilitation des mouvements normaux d’abord, puis de l’entraînement optimal de la musculature du dos ensuite.

Les points à retenir :

  • Un diagnostic ne signifie pas une dysfonction et vice-versa
  • Caratériser une dysfonction ou un désordre est plus important, à long terme, que d’obtenir un diagnostic de pathologie d’un médecin
  • Ultimement, la dysfonction est plus importante que la pathologie, parce que c’est sur elle que l’entraîneur à le plus d’impact.
  • La bonne compréhension et l’application des concepts de pression intra-abdominale, de transfert de charge et de rigidité lombo-pelvienne importe plus que les exercices eux-mêmes
  • Il faut rester conscient des déficits qu’une lombalgie à long terme entraîne.  Cela cause entre autres des dysfonctions des patrons-moteurs et des changements structuraux à faire peur.  Il fallait voir les infiltrations graisseuses dans le multifide pour comprendre….
  • Malgré ça, la fonction est prime sur forme.  Parmi les plus importantes, on retrouve :
    • Mobilité de la hanche
    • Stabilité de la région lombale
    • Mobilité de la colonne vertébrale thoracique
    • Le bon rapport longueur/tension des muscles du tronc
    • La tension du fascia thoraco-lombale

Le tout agrémenté de photos et de radiographies pour illustrer ses informations.  Je garde surtout de cette présentation le bon sens du présentateur dans son approche des problèmes de dos.  Le dogmatisme n’est définitivement pas dans l’arsenal de John Pallof, peut-être une des raisons qui font de lui un des physiothérapeutes les plus en demande de Boston.

 

4ième présentateur : Mike Boyle
La pièce de résistance, le boss en personne.  Si vous vous demandez pourquoi il ne passe pas en dernier, c’est pour s’assurer de ne pas manquer la joute de hockey qui a lieu à 6h.  C’est le genre d’honnêteté désarmante qui font que Mike Boyle est un des entraîneurs les plus appréciés du circuit.  Ça, et le fait qu’il a des résultats stupéfiants.  Mais c’est surtout son style bien personnel de présentation que je retiens.  Mike est à l’aise devant une foule.  À l’aise dans les informations qu’il partage avec nous, à l’aise dans sa manière de nous les amener, et à l’aise dans sa façon de nous les faire comprendre avec humour et logique.


Le maître des lieux à l'oeuvre

Et le sujet choisi n’était pourtant ni facile ni populaire.  L’entraînement des athlètes d’endurance, pour une salle rempli de joueurs de football, d’haltérophile, de dynamophiles et de pousseurs de fonte… mettons que c’est pas le thème de choix!  Mais c’est celui que Mike a choisi, et je dois dire que j’approuve son choix.  Vous allez voir pourquoi

Les éléments-clé

  • L’entraînement en endurance n’a que peu d’avantages par rapport à un entraînement en intervalle ou un entraînement de type « Tabatha » pour ce qui est de la santé cardiovasculaire ou de la capacité aérobie
  • L’entraînement en endurance est responsable de la recrudescence des blessures de surentraînement.
  • Ce type d’entraînement est aussi lié à une mentalité spécifique qui met l’accent sur la résistance psychologique, le « toujours plus loin »  qui conduit au dépassement physique et mental de l’individu.
  • Les plus adhérents de ce type d’entraînement en sont quasi-dépendants, car c’est une expression de leur mentalité jusqu’au boutiste.
  • Cela crée un cycle d’entraînement-blessures/incapacités
  • Si on ne peut pas changer cette mentalité, aussi bien savoir comment améliorer leur entraînement pour qu’il réduise le risque de blessures et d’inconfort lié à la surutilisation.
  • Il faut se donner des moyens de réduire cet entraînement excessif
    • Méthodes d’entraînement plus courtes (intervalles)
    • Adjoindre des exercices correctifs  ou mieux encore
    • Travail en salle de muscu

L’idée choc de cette présentation, c’est que toute l’idéologie derrière l’entraînement en endurance, du genre 10km de jogging, est plus néfaste à long terme que la musculation, mais comme on ne juge habituellement que sur les accidents et blessures traumatiques, on ne regarde pas les problématiques de surutilisation qui surviennent avec le cardio traditionnel.


5ième présentateur : Eric Cressey
Je suis les articles et les présentations d’Eric Cressey depuis longtemps.  Je vais vous dire un secret : à chaque fois que je l’entends parler, j’ai envie de pleurer.  Et non, c’est pas dû au fait que son accent de Boston m’a convaincu que le Bostonien est un dialecte séparé de l’anglais.  Pour expliquer ça, une petite tranche d’histoire.  Jules César a pleuré après avoir lu la biographie d’Alexander le Grand et a eu ces mots : « À mon âge, Alexandre avait conquis le monde et moi je n’ai encore rien fait. »  C’est le sentiment avec Eric.  Ce gars-là a déjà écrit plusieurs dizaines d’articles, réalisés des DVDs et manuels d’entraînement extrêmement intelligents et pratiques qui sont vendus auprès d’une clientèle qui en redemande, et est un conférencier de renommée internationale.  Tout ça au jeune âge de 26 ans.  Donc en un mot, je chus ja-loux!


Eric Cressey, le Alexandre le Grand moderne?

Ajouter à ça que c’est un très bon gars avec qui je m’entends bien, et qu’on partage un intérêt pour la prévention et la réadaptation des blessures, vous comprendrez pourquoi j’ai autant apprécié sa présentation intitulée « The Versatile Strength Coach : How to Get a Training Effect in Spite of Injuries »  (L’Entraîneur Versatile : Comment avoir un Entraînement Efficace en Dépit des Blessures )
Les éléments-clé :

  • Suivre des précautions d’usage :
    • Référer si nécessaire
    • Se concentrer sur régler le problème et non avoir du fun
    • Faire sentir le client comme un athlète, non un patient
    • Vérifier la qualité des tissus mous dès le départ
  • Connaître sa biomécanique
  • La cinésiologie est importante dans la compréhension des dyskinésies qui causent la majorité des problèmes rencontrés par un entraîneur.

La suite a été une étude de cas sur les types de problèmes d’épaule et de dos les plus courants, agrémentés de conseils pratiques et des solutions que lui-même à mis en place avec ses athlètes. 


Conclusion
Si j’avais une place à être pour ma fête, c’est vraiment au Mike Boyle Strength & Conditionning.  C’est inspirant de voir à quel point tous les détails sont rodés pour donner au mot performance une toute nouvelle signification, mais surtout, de voir une passion pour l’entraînement partagée par 150 personnes qui n’ont pas regretté une seule minute d’être venu, même s’il a fallut faire 10h de route!


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Pour en savoir plus sur Mike Boyle, consultez son site www.bodybyboyle.com

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