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 VINKOMORF.com -19 juin 2007

L'art et la science de ne pas maximiser les qualités physiques d'un athlète!
Deuxième partie
Par Nicolas Roy

Illustrer et dissocier
Dans la première partie de cet article, les concepts de maximisation et d'optimisation ont été introduit par des définitions, mais concrètement, comment peut-on illustrer et dissocier ces concepts?


Spécifier

Il est important de spécifier et de ne pas oublier que le but d'une préparation physique athlétique est que les acquis physiques se transfèrent au maximum en situation de compétition. C'est évident!


Spécifique

La préparation physique doit donc être relativement spécifique aux exigences du sport ou de la discipline de l'athlète car sinon, elle donnera des résultats limités. Par spécificité, Siff inclut les paramètres suivants :

  • Type de contraction musculaire
  • Patron de mouvement
  • Région du mouvement
  • Vélocité du mouvement
  • Force de contraction
  • Recrutement des fibres musculaires
  • Métabolisme
  • Adaptation biomécanique
  • Flexibilité
  • Fatigue


Distinction pour éviter une confusion


Il est très important de faire une distinction pour éviter une confusion entre les termes spécificité et simulation. Selon Mel Siff : Un entraînement spécifique signifie d'améliorer les paramètres ci-hauts se rattachant à un sport donné. Le tout se fait sans nécessairement imiter les gestes du sport.


À proscrire

La simulation consiste à imiter des gestes sportifs en y augmentant simplement la résistance. Voici une autre citation de Siff à propos de cette procédure : La simulation de n'importe quel mouvement en utilisant une charge excessive est à proscrire puisqu'elle peut amener le système neuro-musculaire, qui gère la spécificité des facteurs présentés plus haut, dans un état de confusion


Changements

Il poursuit avec cet énoncé: Même si l'entraîneur tente méticuleusement d'offrir une résistance adéquate lors d'une simulation en utilisant des charges similaires à celles rencontrées dans le sport, il y aura habituellement des changements dans le positionnement du centre de gravité, dans les moments d'inertie, dans le centre de rotation, dans le centre de percussion et dans la rigidité mécanique qui altèreront les habiletés neuromusculaires requises dans le sport. Il est donc évident que je ne prône pas la simulation!


Paramètres

À priori, cette distinction peut sembler donner de beaux arguments pour l'école de pensée des gens qui préconisent la maximisation de certaines qualités physiques. Bien qu'il soit évident que plusieurs sports collectifs nécessitent beaucoup de force, de puissance et de vitesse et que je sois totalement d'accord avec le fait qu'un athlète ne soit jamais trop fort, puissant ou rapide, il faut prendre en considération certains autres aspects.


Rapidement

Avec l'avancement des connaissances et des équipements (technologie) pour développer et évaluer ces qualités physiques, plusieurs personnes s'empressent de les développer rapidement avec une très grande efficacité. Plusieurs entraîneurs s'efforcent de créer rapidementdes athlètes BFS (Bigger, Faster, Stronger). Je n'ai rien contre l'athlète BFS, bien au contraire! Cependant, avez-vous remarqué que j'ai souligné le terme rapidement?


Gratter

Le terme rapidement est très important puisque c'est très bon pour la confiance de l'athlète et pour le marketing de l'entraîneur, mais très souvent plusieurs problèmes découlent d'un processus où les résultats surviennent rapidement. J'ai énuméré et survolé ces problèmes dans la première partie. La table est mise, voici le temps de gratter le bobo!


Défi

Voici une belle devinette! Mis à part les facteurs présentés dans la première partie de cet article, quel est le plus gros défi d'un athlète de compétition et de son préparateur physique? Même avec des conditions parfaites, il est biologiquement impossible d'atteindre pleinement ce défi, puisque l'indice de forme sportive ne peut être maintenu de façon constante.

Cependant, le calendrier de certains sports exige l'impossible!


Réponse

La réponse est la constance dans la performance et de l'indice de forme sportive. Il est évident que la performance, qui dépend principalement de la préparation technico-tactique et de l'indice de forme sportive ne peut pas être stable tout au long de l'année puisque habituellement, l'indice de forme sportive sera élevée en début de saison et diminuera graduellement au profit d'une meilleure préparation technico-tactique (prise de décision) dû à un changement dans l'importance relative des charges d'entraînement imposées à l'athlète.


Discutables

Voici un graphique pour illustrer la répartition des charges d'entraînement en fonction des différentes périodes de l'année (préparation générale, préparation spécifique, pré-compétition, compétition. Les pourcentages vont varier d'un athlète à l'autre et d'un sport à l'autre.


Traces permanentes


Pourquoi est-ce que je montre ces données? Pour illustrer à quel point dans plusieurs sports, la préparation physique doit laisser des traces permanentes (ou presque) sur l'organisme de l'athlète pour minimiser les pertes de performance se rattachant à la baisse de l'indice de forme sportive.

Comment y parvenir, telle est la question!


Biomécanique

De par mes constatations personnelles, la plupart des athlètes, même ceux de niveau élite, ne sont pas toujours très efficaces du point de vue biomécanique dans leurs déplacements et dans leur façon de bouger. Pourtant, ça ne devrait pas être le cas puisque ce sont d'excellents athlètes. Alors pourquoi est-ce que ça survient? Pour différentes raisons que j'énumèrerai probablement dans un autre article!  Il suffit pour l'instant de savoir que c'est le cas.


Question

Suite à cette réalité, on doit se poser la question suivante : Vaut t'il mieux tenter de maximiser des qualités physiques spectaculaires rapidement en imposant des charges d'entraînement à l'athlète? De cette façon, il aura d'excellent résultats durant les tests physiques de son camp d'entraînement et avec un peu de chance, il transfèrera ses acquis sur le terrain.


Métaphore

Cette option peut sembler intéressante, mais il y a un problème que je dois absolument illustrer par une métaphore que j'ai empruntée de Brian Grasso. Imaginez un jeune qui termine son primaire. On lui propose un programme d'étude où il pourra facilement passer ses tests d'admissibilité pour l'université d'ici un an. Oui, il passera ses tests d'admissibilité puisqu'il en fera à l'année longue et apprendra les réponses des tests par cœur. Par contre, aura-t-il l'éducation et le succès d'un jeune qui fait son secondaire? La réponse est évidemment non!


Optimisation

Le même principe s'applique à la préparation physique. C'est la raison pour laquelle l'optimisation des qualités physiques d'un athlète est la meilleure option à choisir. Cette dernière englobe les aspects suivants :

1-Apprentissage moteur (Théorie et pratique)
2-Développement des qualités physique exigées pour la performance dans le sport
3-Travail de prophylaxie (prévention des blessures reliées aux déséquilibres musculaires)
4-Distinction et rappel entre moyens et fins.


1-Apprentissage moteur

L'apprentissage moteur est primordial pour l'athlète puisque c'est ce qui lui permettra d'augmenter son efficacité biomécanique, bioénergétique et par le fait même, améliorer son économie de mouvement.


Rendement

Jumelée à un entraînement améliorant les qualités de force et de force-vitesse, cette composante améliorera énormément le rendement de l'athlète. Le temps et l'énergie pris pour développer l'efficacité mécanique de l'athlète peuvent être considérés comme une perte de temps et d'énergie pour celui qui est à l'extrême du pôle maximisation du continuum maximisation-optimisation.


Transfert des acquis

Cependant, ce n'est pas le cas puisque c'est cet apprentissage moteur, qui est en fait un enrichissement du patrimoine moteur, qui permet d'augmenter le transfert des acquis physiques en situation de compétition et d'augmenter la permanence des adaptations du corps face à l'indice de forme sportive.


Théorie

Certains sursauteront peut-être en lisant que je donne beaucoup de théorie à mes athlètes, mais c'est le cas. Pourquoi? Pour augmenter l'effet permanent de mon entraînement.


L'eau

Voici une métaphore intéressante que j'ai empruntée à Jacques Mantion. Les charges d'entraînement qui créent des adaptations métaboliques (hypertrophie, Vo2 max, etc.) peuvent être perçues comme de l'eau. L'eau peut se durcir et se transformer en glaçon seulement lorsqu'elle est maintenue sous le degré de congélation.


Calcaire

Maintenant, l'information peut être perçue comme du calcaire. Avec le temps et un bon environnement (grotte), l'eau et le calcaire forment des stalactites ou des stalagmites qui sont fragiles, mais qui ont une dureté permanente.

L'information permet au système nerveux de faire des liens et d'intégrer la théorie à la pratique.


Rendre justice

Les points 2 (développement des qualités physique exigées pour la performance dans le sport) et 3 (prophylaxie des lésions reliées aux déséquilibres musculaires) sont des points qui sont beaucoup trop exhaustifs pour pouvoir leur rendre justice au travers de cet article.


Objectif

Développer les qualités physiques tout en prévenant les blessures est un objectif partagé par tous les entraîneurs. C'est d'ailleurs ce qui lui fait garder son emploi, et des athlètes performant et sans blessures lui assureront une longue et fructueuse carrière dans notre milieu où tout se joue sur le terrain de pratique.  Il est donc normal que plusieurs articles soient et/ou seront entièrement consacrés à ces sujets dans ce magazine, comme dans toutes publications sérieuses axées sur l'entraînement intelligent.  Je laisse à d'autre que moi le soin de développer plus avant ses deux thèmes qui sont trop exhaustifs pour être explorer plus avant dans cet article.  Maintenant que cette évidence est mise au claire, enchaînons avec un point beaucoup moins bien connu.


4-Distinction et rappel entre moyens et fins

Vous connaissez sûrement le proverbe : La fin justifie les moyens. Eh bien en préparation physique athlétique, la distinction entre moyen et fin n'est pas toujours évidente. Un moyen est un processus qui mènera à une fin qui est un résultat/objectif.


Similaires

Certains sports nécessitent que le moyen soit une fin en soit. Par exemple, l'haltérophilie où l'athlète s'entraîne à l'épaulé-jeté et à l'arraché en  utilisant différents mouvements dérivés de ces épreuves et en utilisant du travail auxiliaire pour maximiser les résultats. La dynamophilie (powerlifting) est un autre exemple de moyens et de fin presque identiques.


Performant

Cependant, la plupart des athlètes font de la préparation physique avec des moyens qui ne sont pas une fin en soi. Les athlètes s'entraînent en utilisant des moyens qui leur permettront d'être plus performant sur le terrain.


Perdre de vue

Selon ce que j'ai observé, durant leurs entraînements, si ces athlètes se concentrent seulement sur la maximisation de leurs statistiques, ils perdront de vu la fin pour laquelle ils utilisent ces moyens au profit d'une chose. Un orgueil qui les éloignera d'un élément essentiel, soit travailler certains points faibles qui pourraient faciliter le transfert et la permanence de leur travail physique et éviter certaines blessures ne se rattachant pas aux contacts mais plutôt à des changements de direction ou freinage rapides.


Philosophie

C'est donc en raison de la diminution des risques de blessures et à l'amélioration de la durée des adaptations à l'entraînement que je préconise une philosophie d'entraînement basée sur l'amélioration des qualités physiques pour augmenter la performance sur le terrain.  Cette philosophie maximise la durée de vie de mes clients en tant qu'athlète et optimise leur performance sur le terrain.  Voilà la voie de ceux qui veulent faire carrière comme coach et entraîneur


Références

- Siff, M. (2003). Supertraining (6e édition) Denver: Supertraining Institute

À propos de l'auteur

Nicolas Roy B.Sc,  est préparateur physique professionnel depuis 4 ans gradué de l'Université de Sherbrooke en kinésiologie avec spécialisation en encadrement sportif et assure l'entraînement  principalement des athlètes de l'Estrie. Il s'occupe de la préparation physique d'athlètes professionnels, universitaires et civils se situant à tous stades de développement, d'amateur jusqu'à celui des équipes nationales. Son entreprise se nomme Fonctions Optimum. Pour plus de détails, consulter www.fonctionsoptimum.com dont vous pouvez voir la vidéo promotionelle ci-bas, ou contactez-le directement à nroy@fonctionsoptimum.com


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