| Le
tempo d’entraînement revu et corrigé
Un autre regard sur comment
la vitesse de contraction peut augmenter l’efficacité
de vos entraînements.
Par Charles Poliquin
Traduit par Patrick Gagnon
Mes programmes d’entraînement
ont une particularité qui les distingue
des programmes conventionnels des autres préparateurs
physiques; c’est que je suis rigoureusement
précis dans ma prescription du tempo
d’entraînement. Ce faisant, je définis
la quantité exacte de stimulation qui
sera appliquée durant la phase excentrique,
concentrique et isométrique de chaque
mouvement. Je considère que c’est
un paramètre d’entraînement
vital à aborder dans chacun de mes programmes.
Voici comment je m’y prends.
Commençons par quelques
définitions. La vitesse de contraction
se réfère à la vélocité
du mouvement de l’engin ou du membre impliqué
dans un exercice physique donné. Dans
le milieu de la science du sport, elle est normalement
décrite ou mesurée en termes de
degrés par seconde. Pour rester simple,
je mesure la vitesse de contraction comme la
quantité de temps qu’il faut pour
compléter chaque phase du mouvement.
J’utilise le terme générique
tempo pour décrire le temps total qu’il
faut pour exécuter une répétition
complète.
Lorsque j’ai commencé
à prescrire des programmes d’entraînement,
je suis tombé sur le problème
suivant : se contenter de prescrire un
nombre spécifique de répétitions
pour une série n’assure pas que
le stimulus approprié soit appliqué.
Par exemple, si à cette époque
je disais à deux athlètes de faire
une série de tirage avec haltères
pour 10 répétitions, l’un
d’eux le faisait lentement et complétait
sa série en 45 secondes alors que l’autre
la faisait comme s’il voulait allumer
sa tondeuse et terminait sa série en
8.2 secondes avant de laisser tomber les poids
au sol. Il était donc difficile pour
moi d’évaluer l’efficacité
de mes programmes avec de telles variations,
car malgré que chacun des athlètes
aient le même nombre de répétitions
à faire, chacun d’eux était
soumis à un stimulus bien différent.
Mon intérêt pour
la manipulation de la vitesse de contraction
des exercices a été piqué
au début des années 80 après
que j’eu passé une journée
avec les experts en préparation physique
Allemands Rolf Feser et Lothar Spitz. Lors de
nos discussions, ils m’ont expliqué
comment non seulement les athlètes doivent
faire des répétitions balistiques
explosives afin de produire des adaptations
nerveuses, mais aussi que ces derniers avaient
besoin d’autres types de protocoles d’entraînement
afin de créer des adaptations musculaires.
À la même époque Pierre
Roy, un entraîneurt national en haltérophilie
au Canada, me disait qu’il utilisait des
contractions excentriques de 5 secondes avec
des séries de 6 répétitions
lorsqu’il voulait qu’un de ses athlètes
gagne du poids durant la période préparatoire.
Il y a aussi eu les écrits
de l’entraîneur Soviétique
Michael Rudolf Plugfelder, qui a entraîné
les champions olympique d’haltérophilie
Vasily Alexeev et David Rigert. Alexeev a été
le premier homme à réussir un
épaulé-jeté de 227 kg et
a fracassé 80 records mondiaux. Rigert
a commencé son entraînement avec
Plugfelder en 1969, établi son premier
record en 1971 et fait tombé 68 records
mondiaux en plus de gagner l’or Olympique.
Plugfelder était aussi d’avis qu’il
fallait varier le tempo d’entraînement
pour augmenter la force, et ses idées
étaient supportées par le Professeur
Alexei Medvedev, entraîneur chef de l’équipe
d’haltérophilie Russe.
David Rigert, de
Russie, champion Olympique d’haltérophilie,
a brisé 68 records mondiaux. Il était
entraîné par Rudolf Plugfelder,
qui était partisan de la variation
du tempo pour l’entraînement
de la force.
Lors de mon parcours comme préparateur
physique, j’ai rencontré plusieurs
entraîneurs d’haltérophilie
du Bloc de l’Est qui étaient tous
partisans de varier la vitesse de contraction,
qu’ils soient Hongrois, Polonais, Allemands
de l’Est ou Roumains. Toutefois, un des
problèmes était que les chercheurs
tentaient souvent de trouver « LA »
prescription de tempo « idéale .»
Les chercheurs Soviétiques S.I. Lelikov
et N.N. Saxanox ont publié une étude
en 1976 intitulée « La
Vitesse d’Amélioration de la Force
des Jambes en Rapport avec le Tempo du Squat. »
Le but de cette recherche de quatre mois, qui
a impliqué 32 sujets de niveaux de force
variés, était de déterminer
la meilleure prescription de tempo pour améliorer
la force au squat.
Lors de la présentation
du but de leur étude, les auteurs ont
noté: “Il n’y a pas de recherches
expérimentales dans la littérature
de l’haltérophilie (ou de tout
autre type de sports, quel qu’il soit)
portant sur l’analyse comparative d’un
tempo lent, modéré ou rapide d’exécution
d’un exercice dans des conditions d’entraînement
afin d’identifier lequel serait le meilleur
pour augmenter la force. » Incidemment,
l’étude a démontré
que le groupe utilisant un tempo modéré
a réalisé les meilleurs gains
en force.
Bien que les auteurs ont eu raison
de reconnaître l’importance de manipuler
la vitesse de contractions des répétitions,
il faut être prudent avec les informations
pratiques que l’on peut retirer de cette
étude. Laissez-moi expliquer avec une
analogie.
Plusieurs scientifiques du sport,
particulièrement aux États-Unis,
ont essayé de trouvé « LA »
combinaison précise de séries
et de répétitions qui produirait
les meilleurs gains en force. Ils ont, par exemple,
comparé un protocole de trois séries
de dix répétitions à un
protocole de cinq séries de cinq répétitions.
Au lieu de ça, comme l’ont souligné
le Dr. Mike Stone et ses collègues à
la fin des années 70, il aurait été
plus judicieux d’expérimenter avec
des entraînements qui varient les protocoles
de séries/répétitions pendant
la durée de l’étude. En
vérité, il n’y a pas une
seule et unique, « meilleure »
vitesse de contraction. Dans l’étude
Soviétique citée plus haut, il
aurait été intéressant
d’avoir un autre groupe qui utilise une
vitesse de contraction lente pour la première
partie de l’expérience et une vitesse
de contraction rapide pour la seconde partie
de l’expérience (encore une fois
un protocole que Pierre Roy a utilisé
avec succès.)
Lorsque vous établissez
vos prescriptions de tempo, il y a des indications
basées sur la science qui peuvent vous
aider. Une faible vitesse d’exécution
produit plus d’adaptations métaboliques
qu’une vitesse élevée. L’entraînement
en haute intensité et à faible
vitesse utilisant des charges isocinétiques
est également associé à
des augmentations du glycogène musculaire,
CP, ATP, ADP, de la créatine, de la phosphorylase,
PFK et de l’activité enzymatique
du cycle de Krebs. L’entraînement
à vitesse plus haute n’induit pas
ses changements. Les répétitions
lentes augmentent également la conscience
corporelle du muscle, et elles sont un excellent
moyen de parachever un entraînement.
Déchiffrer
le Code du Tempo
Au début des années
’80, j’utilisais une formule de
tempo avec deux chiffres et deux lettres dans
mes programmes d’entraînement qui
spécifiaient la durée de la contraction
excentrique et de la contraction concentrique.
Par exemple, je pouvais écrire 1C :4E,
ce qui voulait dire une contraction concentrique
de 1 seconde et une contraction excentrique
de 4 secondes. Le préparateur Australien
Ian King a raffiné la formule y ajoutant
un troisième chiffre indiquant la durée
de la contraction isométrique, tel que
421, ce qui voulait dire, pour illustrer notre
exemple avec le développé-couché,
que la barre doit être descendue au sternum
en quatre secondes, maintenue pendant une pause
de 2 secondes, et remonter en 1 secondes. Cela
ne prenait toutefois pas en compte où
la pause devait être faite : dans
une position avantageuse ou dans une position
désavantageuse?
J’ai alors développé
une formule à quatre chiffres qui permet
de déterminer où la pause doit
être faite. Prenons un tempo de 4212 au
développé-couché, où
l’on doit descendre la barre en quatre
secondes, la maintenir au-dessus du sternum
durant 2 secondes, la remonter en 1 seconde
et prendre une deuxième pause de 2 secondes
à bout de bras avant la prochaine répétition.
Beaucoup d’entres vous
ont déjà vu cette formule auparavant,
mais je vais donner des éclaircissements
au où certains athlètes ou entraîneurs
seraient encore confus à ce sujet. En
fait, je suis tombé dernièrement
sur une certification assez populaire en entraînement
qui faisait référence à
mes travaux mais prescrivait des tempos bizarres
de trois chiffres tel que « XXX pour
l’épaulé en puissance »
(je m’attarderai à cette ineptie
plus tard). De toute évidence, les auteurs
de cette certification n’ont pas assisté
mes cours de PICP. Cette formule est détaillée
comme suit :
Le premier chiffre fait référence
à la phase excentrique du mouvement.
Une contraction excentrique se
produit lorsque le muscle se contracte en s’étirant,
comme cela se produit lorsque vous freinez la
charge lors de la descente au squat. La portion
excentrique de l’entraînement est
souvent négligée par les préparateurs
physiques américains, au détriment
de leur programme d’entraînement.
En fait, des recherches fait l’expert
en biomécanique renommé Tom McLaughlin
ont démontré que les dynamophiles
ayant le plus de succès sont ceux qui
ont un meilleur contrôle excentrique de
la charge.
Le deuxième chiffre fait référence
à la pause isométrique dans la
position d’étirement.
Cette pause se produit généralement
entre la phase excentrique (de descente) et
la phase concentrique (de lever) d’une
répétition, comme lorsque la barre
touche la poitrine au développé-couché.
Les pauses dans une position « désavantageuse »
(avec un mauvais avantage mécanique)
d’un mouvement, tel qu’en position
basse au squat, augmente la tension intra-musculaire,
ce qui peut augmenter encore plus le développement
de la force.
Le troisième chiffre fait référence
à la contraction concentrique.
Cette dernière a lieu quand
un muscle se raccourcit en se contractant, comme
lorsque l’haltère se rapproche
de votre épaule lors de la flexion de
l’avant-bras. Si un X est utilisé
dans la formule, cela signifie une action explosive
avec pleine accélération. C’est
une évidence que d’utiliser un
X pour la portion excentrique d’un mouvement
tels que le squat et le développé-couché
est dangereux, donc cette lettre n’est
utilisée qu’en troisième
position dans mes prescriptions. Utiliser une
prescription de tempo de « XXX »
pour un épaulé en puissance, comme
on l’a vu dans cette certification de
préparateur physique médiocre
suggère que l’athlète doit
lever la charge aussi rapidement que possible,
la repousser de ses épaules sans l’appuyer
en premier lieu et la précipiter au plancher
– pas exactement ce que j’appelle
sécuritaire.
Le quatrième chiffre fait référence
à la pause isométrique dans la
position raccourcie.
Cette pause se produit à
la fin de la phase concentrique. Dans notre
exemple du développé-couché,
cela se produit lorsque la barre est maintenue
à bout de bras. Les pauses dans cette
position « avantageuse »
(bon avantage mécanique) augmentent quant
à elles le recrutement des fibres de
type rapide, qui sont celles qui fournissent
le plus de force et de puissance. À mes
débuts en tant que préparateur
physique, j’utilisais la formule à
trois chiffres qui ne prenaient pas en compte
cette pause, mais je suis éventuellement
arrivé à la conclusion que celle-ci
est essentielle à la formule pour déterminer
le plus précisément possible le
stimulus d’entraînement.
Pour récapituler, une
prescription de tempo de 4213 pour le développé-couché
voudrait dire qu’il faut descendre la
barre à la poitrine en 4 secondes, faire
une pause de deux secondes lorsque la barre
est en contact avec le sternum, pousser la barre
à bout de bras en 1 seconde et prendre
un repos de trois secondes avec les coudes tendus
avant de faire une autre répétition.
De tous les paramètres
d’entraînement qui peuvent être
manipulés dans un programme d’entraînement
en résistance, la vitesse de contraction
est probablement la plus mal comprise et la
plus négligée. Mais si vous maîtrisez
l’application des prescriptions de tempo,
vous bénéficierez d’un plus
grand contrôle sur votre programme, ce
qui en retour va mener à des résultats
plus rapides et de plus grands gains en masse
et en force musculaire.

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