| Cinq
leçons que j’ai apprises de Pierre
Roy
Par Charles Poliquin
Traduit par Patrick
Gagnon
De tous les entraîneurs
qui m’ont influencé dans le domaine
de l’entraînement, celui qui mérite
le plus de reconnaissance publique est l’entraîneur
d’haltérophilie Pierre Roy.
Bien que les pays du Bloc de l’Est,
particulièrement la Bulgarie, ont fait
couler le plus d’encre avec leurs méthodes
d’entraînement (et, malheureusement,
avec leur suspension pour dopage), au Canada
Pierre Roy est considéré comme
étant l’entraîneur le plus
accompli des dernières décennies.
À titre d’exemple, il a entraîné
deux athlètes qui ont pris part aux Jeux
Olympiques de Los Angeles, un d’eux étant
Jacques Demers. Demers a gagné devant
Dragomir Cioroslan, qui est devenu par la suite
entraîneur chef de l’équipe
d’haltérophilie des États-Unis.
Pierre a de plus entraîné de nombreux
athlètes ayant participé au Championnat
du Monde, tel que Denis Garon, qui a fait un
épaulé-jetté de 222.7 kilos
dans la catégorie poids lourds, et plus
de 50 athlètes qui ont compétitionné
dans les Championnats Canadiens.
Homme de peu de mots, Roy est toutefois très
précis dans ce qu’il dit. Comme
tous les génies, il simplifie les choses
et aime utiliser des principes pour déterminer
l’orientation de l’entraînement.
Voici cinq leçons qu’il m’a
transmises.
Leçon #1 : Le besoin de variété
du stimulus
Roy croit qu’un programme
est aussi bon que le temps qu’on prend
à s’y adapter, et en règle
générale il recommande de changer
le programme complètement à toutes
les deux à trois semaines. Ce conseil
à lui seul m’a donné une
avance considérable dans le domaine en
tant qu’entraîneur.
Le problème que plusieurs
coachs ont à appliquer ce conseil tient
au fait que les athlètes inexpérimentés
peuvent souvent faire des progrès pendant
plus longtemps sur le même programme.
Un débutant s’entraînant
suivant un système pyramidale 5-4-3-2-1
pour le développé couché
peut continuer à faire des gains pendant
des mois, ajoutant peut-être 2.2 kilos
par jours à leur max, puis 2.2 kilos
par semaine et finalement 2.2 kilos par mois.
Ne sachant pas mieux, il va continuer sur ce
type de programme et croire que c’est
le programme idéal en tout temps pour
le développé couché. Mais
bien qu’une même séquence
répétitions-séries puisse
fonctionner pendant longtemps pour un débutant,
ce n’est pas le cas pour un athlète
plus avancé, du moins pas sans changements
réguliers. En fait, avec plusieurs de
mes athlètes les plus avancés,
il m’arrive souvent de changer au moins
un paramètre d’entraînement,
comme le nombre de répétitions,
à chaque entraînement.
Leçon #2 : La
valeur du surentraînement contrôlé
Pierre m’a appris que si un athlète
ne se surentraîne pas de manière
périodique, il ou elle ne va jamais puiser
dans les réserves qui mènent à
un effet de surcompensation, leur permettant
d’atteindre un niveau plus élevé
de force maximale. Les trois secrets de Pierre
pour le succès en entraînement
de la force sont 1) travailler dur, 2) travailler
dur, et 3) travailler dur. Il a déjà
mentionné que « si un athlète
ne se plaint pas de douleurs articulaires ou
ne montre pas de signe de dépression,
tu ne les pousses pas assez dur! »
Feu Arthur Jones partageait cette
croyance en l’entraînement ardu
avec Roy, et ceux qui se sont entraîner
avec Jones témoignent souvent de comment
il était capable de motiver les gens
à se pousser à tout donner jusqu’à
l’épuisement. Cependant, les effets
de ces entraînements furent diminués
par le manque de variété dans
les entraînements de Jones, et le manque
de volume. En fait, la raison pour laquelle
les culturistes professionnels ont souvent fait
des gains exceptionnels lorsqu’ils ont
commencé à travailler avec Jones
étaient qu’ils étaient surentraînés,
et que le faible volume des entraînements
de Jones leur permettaient de récupérer.
On le dit souvent, la fatigue masque la forme
physique!
Leçon #3: Le principe
d’alternance accumulation/intensification
Le modèle de base de Roy
impose tout d’abord un stress de volume
(phase d’accumulation), puis alterne avec
un stress d’intensité (phase d’intensification).
Ce modèle fonctionne autant pour les
athlètes qui désirent développer
leur force maximale que pour les culturistes
qui veulent le plus de gains musculaires possibles.
Le modèle de périodisation
en vogue en Amérique du Nord est de graduellement
diminuer les répétitions par étapes
successives étalées sur une longue
période. Voici un exemple type d’un
tel système :
Semaines 1-4 : 10 répétitions
Semaines 5-8 : 5 répétitions
Semaines 9-12 : 1-3 répétitions
En dehors du manque de variété
de ce programme, la plupart des gains en masse
musculaire fait durant le premier mois ont disparus
vers le troisième mois. Voici une meilleure
alternative :
Semaines 1-2 : 8 répétitions
Semaines 3-4 : 4 répétitions
Semaines 5-6 : 6 répétitions
Semaines 7-8 : 2-3 répétitions
Semaines 9-10 : 5 répétitions
Semaines 11-12 : 1-2 répétitions
En faisant des cycles de répétitions
plus élevés pendant ce programme,
l’athlète peut garder ses gains
en hypertrophie durant toute la durée
de ce même programme. De plus, ces périodes
de répétitions plus élevées
fournissent suffisamment de temps pour que le
système nerveux puisse récupérer
de l’intensité des périodes
de basses répétitions.
Leçon #4 : Soulever
de terre sur podium avec prise d’arraché
Roy m’a appris cet excellent
exercice qui est l’un des plus payants
qui existe, et je l’ai utilisé
avec pratiquement tous les médaillés
olympiques que j’ai entraînés.
Le soulever de terre sur podium avec prise d’arraché
est définitivement l’un des meilleurs
exercices pour l’entraînement de
la région lombaire. Les gains en force
acquis sur cet exercice se manifestent toujours
en une amélioration du temps sur 10 mètres
d’un athlète, qui est un indicateur
majeur du potentiel de l’athlète
à être un joueur d’importance
dans la plupart des sports pros.
Une de raisons de l’efficacité
de cet exercice est qu’il fait travailler
les groupes musculaires principaux du bas du
corps sur une plus grande amplitude de mouvement.
Cela est rendu possible parce que l’athlète
est debout sur une plateforme basse (entre 10
et 15 centimètres) et utilise une poigne
plus large (arraché.) La légende
Russe de l’haltérophile Vasily
Alexeev estimait beaucoup ce type d’exercice,
mais au lieu de se tenir sur un podium, il utilisait
à la place des plaques de plus petits
diamètre pour augmenter l’amplitude
de mouvement.
Leçon #5 : Le concept de l’équilibre
structurel
Tout au long de sa carrière,
Pierre a pris pour habitude d’accumuler
des donnés afin de déterminer
si l’entraînement d’un haltérophile
est équilibré, chose qu’il
croit essentielle pour qu’un athlète
puisse atteindre des résultats maximaux
en épaulé-jetté et en arraché.
Il est le premier à dire que le concept
vient à l’origine de discussions
avec des entraîneurs du Bloc de l’Est.
D’autres idées semblables dont
il m’a fait part est, par exemple, que
l’arraché représente 78%
du poids de l’épaulé, et
que l’on doit être capable de faire
deux répétitions d’un squat
avant avec le poids de notre meilleur épaulé-jetté.
En utilisant ces données
normatives et en l’appliquant à
d’autres disciplines, j’ai été
à même de déterminé
si un athlète était trop fort
pour sa vitesse, ou trop lent pour sa force.
Ce concept a par la suite servi de base pour
établir les normes des autres levers,
qui vous seront enseignés dans les niveaux
1 et 2 du PICP. C’est entre autre pourquoi
n’importe qui utilisant le Overhead Squat
dans un programme de force est un clown. L’arraché
représente 56% du meilleur squat, donc
pourquoi utiliser une charge aussi ridicule
pour les jambes alors que le stress imposé
aux épaules est aussi important?
Pierre est un homme très humble, et c’est
pourquoi il est très apprécié
et aimé des entraîneurs du Bloc
de l’Est, qui n’ont jamais hésité
à lui donner de précieux trucs
sur l’entraînement. Je l’ai
souvent dit : Si j’étais un propriétaire
d’équipe de la NFL, ou de toutes
autres équipes sportives d’importance,
Pierre Roy est le premier homme vers qui je
me tournerais pour entraîner mes joueurs.

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